Radio Climat: Amener l’information météorologique au plus près des agriculteurs maliens pour renforcer leur résilience.

Par Alice Brie
Comment anticiper les retards de pluies et donc les épisodes de sécheresse, les inondations, en l’absence de données climatiques fiables ? Quelle variété choisir quand les pluies sont en retard ? Au Mali, où les phénomènes extrêmes s’intensifient en raison du changement climatique, l’enjeu est de taille car leurs conséquences affecteront directement la production agricole des plus pauvres. Pour s’adapter à ces évolutions climatiques déjà observées, l’un des enjeux est de permettre aux agriculteurs les plus vulnérables d’anticiper ces événements extrêmes pour mieux adapter les techniques culturales. L’approche du PAPAM[1] à travers le don ASAP[2] appuie dans ce sens les petits exploitants pour qu’ils aient un meilleur accès aux informations climatiques et météorologiques.
©PAPAM/village de Baliani, Région de KAYES. Au centre, Adama Tounkara, paysan observateur tenant son carnet de relevé, à sa gauche le représentant de Mali-météo et à sa droite l'agent régional en Planification de l'ASAP, chef d'antenne ASAP de Kita. Les deux paysans en retrait sont les suppléants à M. Tounkara.

« Une perte de production agricole d’environ 17% est envisagée d’ici 2050 »

Le Mali fait partie des pays sahéliens qui sont parmi les plus durement touchés par le changement climatique. Les évolutions observées et les prédictions des tendances conclus à une augmentation de la température moyenne sur l’ensemble du pays, à une diminution progressive de la pluviométrie et une augmentation de la fréquence et de l’ampleur des phénomènes climatiques extrêmes. Plus particulièrement sur la pluviométrie, cette diminution est un phénomène déjà en cours puisqu’une diminution de 20% a été enregistrée de 1951-1970 à 1971-2000. Cette évolution a notamment provoqué une raréfaction des pluies au nord du pays[3]. Ce phénomène va s’amplifier dans les décades à venir. Il se caractérise par des cycles de saisons culturales raccourcis et par une installation des pluies plus tardives[4]. En outre, une perte de production agricole d’environ 17% est envisagée d’ici 2050, elle pourrait atteindre 28% si aucune action d’adaptation n’est entreprise.
Les petits exploitants évoquent déjà une difficulté à planifier les calendriers culturaux et les mouvements de transhumance à cause d’une perte de repères par rapport à l’arrivée des pluies et à leur modèle de répartition sur la saison. Heureusement, ces impacts négatifs peuvent être atténués par la diffusion d’information agro climatique.  

Aider les petits producteurs à prendre la meilleure décision

Le projet ASAP-PAPAM en partenariat avec Mali-météo appuie des groupes locaux formés à l’assistance météorologique dans la production et la diffusion vers les paysans d’information sur l’évolution de la campagne agricole et agropastorale. Ces groupes locaux disséminent des pluviomètres aux producteurs et communes pour comprendre l’installation des pluies dans  bassins de production. En retour, les producteurs reçoivent par les radios locales les conseils agro-métrologiques pour prendre les meilleures décisions de date de semis ou de choix de variétés. 

A ce jour, 750 pluviomètres ont été installés dans la zone d’intervention du projet et des paysans-observateurs et des journalistes ont été formé sur le relevé et la diffusion de l’information météorologique. Les agriculteurs participent désormais activement aux relevés pluviomètriques et leur utilisation montre de bons résultats dans l’aide à la prise à la décision. De plus en plus d’agriculteurs viennent spontanément vers le paysan-observateur pour savoir si les apports en pluie sont suffisants aux plantations ou bien pour des conseils sur le choix des variétés adaptées à la tendance climatique de l’année. 18 radios locales ont été appuyées pour la diffusion d’informations sur l’adaptation au changement climatique et pour la diffusion des résultats d’analyse de ces groupes. C’est ainsi quelque 22 000 exploitants qui peuvent maintenant bénéficier d’informations pluviométriques et près de 4000 exploitants qui bénéficient de données agro météorologique fournies par les groupes d’assistance météorologique. 

Produire et diffuser des données météorologiques ciblées pour mieux anticiper les effets du changement climatique

Fournir des informations crédibles et concrètes sur la météo et le climat à ces agriculteurs vulnérables a donc le potentiel d'atténuer les facteurs de risques qui menacent leurs moyens de subsistance, d'améliorer la sécurité alimentaire et leurs revenus. En fournissant des éléments sur la variation du climat et sur la pluviométrie, ces données peuvent aussi être utilisées pour l'élaboration d'approches et techniques agricoles novatrices, localement appropriées (semences améliorées, systèmes d’irrigation plus adaptés) afin de soutenir de nouveaux moyens de subsistance. Cependant, l’analyse et la diffusion de ces informations climatiques aux agriculteurs sont des processus complexes. Pour que l’information météo soit utile celle-ci doit identifier les informations les plus pertinentes pour des communautés bien ciblées. Se pose ensuite le défi de l’identification des moyens pour communiquer ces informations d'une manière appropriée à l’échelle locale. Enfin l’information météorologique ne peut être correctement utilisée que si des moyens sont mis en place pour évaluer et transmettre l’incertitude de ces mêmes informations. La prise en compte de ce degré d’incertitude permettra aux agriculteurs d’envisager plusieurs solutions en cas d’erreur de prévision. 


[1] Projet d’amélioration de la productivité agricole au Mali.
[2] Programme d’adaptation de l’agriculture paysanne.
[3] Déplacement de 200 km des isohyètes au Sud déjà constaté.
[4] Les premières pluies se déplacent progressivement de mai à aout voir même septembre pour certaines années.

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